La Pénétration ou le dernier des dogmes hétéronormatifs…

27-01-17

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“la puissance d’un homme et sa virilité n’ont qu’une seule mesure, sa capacité à pénétrer une femme mais aussi un homme. Cette règle, tellement encrée dans les pratiques, a fini par agoniser de manière dangereuse, le plaisir.”

En Algérie, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous vivons dans un environnement sexuellement hostile. Toutes les choses liées, de prés ou de loin, au plaisir charnel sont refusées, dénigrées et combattues.

Ce constat s’applique également aux relations sexuelles des couples hétérosexuels mariés et qui ont officiellement l’autorisation de “copuler”. En effet, un homme marié “respectable” ne peut imaginer sa femme lui faisant une fellation ou encore mois lui, lui faire un cunnilingus ou pire encore un anulingus. Ces pratiques, cet homme les réserve à des relations hors mariage avec des femmes ou même des hommes moins respectables que son épouse qui elle n’existe que pour la “noble cause” de lui fournir une descendance…

Cette situation provoque une importante frustration sexuelle chez la plus grande partie de la population algérienne qui se retrouve à combattre et dissimuler toute responsabilité dans la production ou la consommation du plaisir.

Cependant, ceci ne veut pas dire que les relations sexuelles ne sont pas très répondues dans notre société, bien au contraire. Beaucoup d’hommes et de femmes, toutes orientations confondues, pratiquent le sexe mais ne le pratiquent que selon les normes d’une société machiste et patriarcale et donc basé sur un seule critère, la suprématie de la pénétration…

En effet, la puissance d’un homme et sa virilité n’ont qu’une seule mesure, sa capacité à pénétrer une femme mais aussi un homme. Cette règle, tellement ancrée dans les pratiques, a fini par agoniser de manière dangereuse, le plaisir.

Nous pouvons constater cette situation dans beaucoup de comportements. Un homme hétérosexuel va, par exemple, facilement déclarer avoir pénétré une femme sans jamais parler du plaisir lié à cette action. Un jeune marié lors de la nuit de noce, va se vanter d’avoir pénétré sa jeune femme vierge en 15 minutes, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, beaucoup de jeunes femmes se retrouvent aux urgences pour des hémorragies cette nuit là qui ressemble plus à un passage d’un animal à l’abattoir qu’à l’union charnelle de deux êtres qui se désirent. Souvent dans ce genre de situation, malheureusement très courantes, l’homme est considéré par la population comme étant capable et doté d’un organe assez puissant pour envoyer une femme à l’hôpital. Ceci va rendre cet homme fier et considéré par ses pairs. Les séquelles physiques et psychologiques sur la victime ne sont bien sur jamais considérées.

Cette suprématie de la pénétration est également présente chez les hommes homosexuels. En effet, même si l’homosexualité est considérée dans la société comme étant répugnante et la pire des perversions, un homme peut se vanter d’avoir pénétré un autre homme, jetant ainsi le déshonneur et l’humiliation sur celui pénétré sans pour autant être touché dans sa virilité et sa position de puissant car un homme, tant qu’il pénètre, reste un homme et un homme pénétré a définitivement perdu son statut d’être supérieur qui est « naturel » pour chaque homme. Bref, celui qui est pénétré n’est plus un homme, il est d’ailleurs automatiquement considéré comme étant une femme…

Ceci a provoqué beaucoup de déséquilibres à l’intérieur même de la communauté gay. Beaucoup d’hommes homosexuels, pourtant attirés par l’acte d’êtres pénétrés, préfèrent demeurer uniquement actifs. Parfois, il leur faut de nombreuses années avant de passer à l’acte alors que certains ne franchissent jamais ce pas. Cette situation aboutit à la reproduction du schéma patriarcal hétéronormé quand un homme actif s’auto proclame l’être supérieur dans son couple car il est celui qui garde le statut d’homme. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle, un homosexuel passif va plus rapidement assumer son orientation qu’un actif qui souvent assume le fait d’aimer pénétrer un autre homme sans pour autant assumer le fait d’être homosexuel.

L’autre impact est dans le dénigrement et le manque de considération qu’apportent les homosexuels hommes aux relations sexuelles des lesbiennes. Selon leur logique, deux femmes ne peuvent pas avoir des relations sexuelles car l’absence de l’homme dans ce couple annule celles ci. C’est bien sur basé sur l’unique définition de ce qu’est une pénétration qui est pratiquée selon d’autres critères chez les lesbiennes suite à un travail de déconstruction qui a beaucoup mieux avancé chez elles que chez la population gay masculine. Les homosexuels hommes ont d’ailleurs beaucoup à apprendre des lesbiennes sur cette question si seulement ils acceptaient enfin de commencer à déconstruire.

Enfin, il est important de comprendre que l’épanouissement sexuel n’est pas mesuré par la présence ou la fréquence des actes sexuels mais dans le rapport que nous avons avec notre corps, notre identité ainsi que notre capacité à remettre en question les règles hostiles qui nous sont imposées et que nous sommes pourtant les premiers à défendre.

Il est donc important de comprendre que notre salut, aujourd’hui, consiste à notre capacité à atteindre le bien être et le plaisir plutôt que de penser à celui qui va procéder à l’acte de pénétration.

 

Zoheir Djazeiri.