La Trans, Sirène des sables…

19-03-16

“Même si j’avais abandonné mon rêve d’être une princesse et que je n’essayais plus de mettre des robes, je ne pouvais cependant pas changer mes manières. Ma façon de parler, de marcher, ma façon d’être toute entière me trahissait…”

Je suis née un hiver du début des années 70 quelque part dans le sud ouest algérien. Après avoir eu trois filles avant moi, mon père était aux anges d’apprendre qu’il venait d’avoir un garçon. C’était un soulagement pour lui. Il venait de laver son honneur et s’assurait d’une descendance masculine.  La seule qui compte dans sa tribu. Il venait d’une famille de 13 enfants dont 9 garçons et 4 filles, il en était l’ainé…
Mon père décida de me nommer Tahar ce qui veut dire le propre et organisa une semaine de festivité durant lesquelles toutes les autres tribus ont défilé pour me voir et donner une offrande à mon père comme nos traditions le stipulent.

Quand j’étais petite, peut être à 6 ans, j’allais de l’autre coté de la maison chez la femme de mon oncle. Elle était d’Alger et s’était installé chez nous à son mariage depuis deux ans. C’était la personne que j’aimais le le plus dans ma famille, peut être même plus que ma propre mère et elle me le rendait tellement bien. Mariam n’arrivait pas a avoir d’enfants et le fait d’être l’unique enfant a venir la voir m’a donné une place importante dans son cœur. Elle était couturière et quand je revenait de l’école, je m’amusais avec ses tissues et quand elle ne regardait pas, j’arrangeais le tissu pour en faire une robe de princesse. pendant des semaines et des semaines, je ne pensais qu’à ça. Je voulais juste que le moment d’être chez elle arrive et me voir en princesse dans la glace. C’était devenue ma drogue, mon obsession, ma dépendance. Un jour, elle a vu ce que je faisais et tout en souriant, elle m’a retenu le tissu avec des épingles. La robe fantasme était devenue réalité. Depuis c’était notre secret à toutes les deux. Cette situation a duré pendant des années.

Un jour, j’avais 12 ans. Mariam devait partir en urgence à Alger. son père venait de mourir. Pendant plusieurs jours, je n’avais pas accès à mes robes. J’ai décidé de profiter de la présence de mon oncle dans son travail pour pénétrer dans sa chambre et porter mes robes. J’avais très peur mais c’était un besoin vital pour moi et ne pouvais donc pas faire de marche arrière. Je suis donc rentré dans la chambre, mis ma plus belle robe et j’ai aussi pris la boite à maquillage de Mariam et me suis faite belle. C’était le bonheur, je bougeais devant la glace, le cœur qui battait la joie et tout d’un coup mon oncle arriva dans la pièce. Avant même de m’apercevoir qu’il était la, j’avais déjà reçu un coup dont je me souviens encore aujourd’hui. Mon oncle, après m’avoir très violemment frappé, me ligota et me laissa dans la chambre. Il faisait sombre, j’avais horriblement peur et ne savais pas ce qu’il allait m’arriver. Environs deux heures après, mon oncle est revenu avec mon père. Quand j’ai vu mon père sur le point de me battre, j’allais crier mais il méta sa main sur ma bouche et me menaça que si une seule personne entendait ma voix, il m’égorgerait de ses propres mains. Mon oncle est parti et mon père a continué a ma frapper comme on frapperait un adulte et moi, je ne sortais strictement aucun son. Après avoir vidé son sac, mon père me jeta de l’eau sur le corps. Je me rappelle que ça m’avais soulagé car ça cachait enfin le fait que je j’avais uriné dans ma culotte pendant ses coups. Ce jour la, mon père avait cessé de me considérer comme son enfant et je pense que moi même, je venais de perdre mon géniteur. Mon père n’en parla à personne, et je pense qu’il avait interdit à mon oncle d’en parler. Ma mère ne comprenait pas pourquoi mon père était devenu si dure et cruel avec moi. Elle essayait de m’interroger pour savoir quel épisode elle avait manqué mais rien ne sortait. Le secret était bien gardé. Je me suis cependant effondré dans les bras de Mariam quelques mois plus tard et lui ais tout raconté. Elle pleurait plus que moi et comprenait mieux pourquoi je ne venais plus chez elle comme avant.

Même si j’avais bondonné mon rêve d’être une princesse et que je n’essayais plus de mettre des robes, je ne pouvais cependant pas changer mes manières. Ma façon de parler, de marcher, ma façon d’être toute entière me trahissait. Je voulais bien cacher la femme en moi mais elle n’acceptait pas. Mon père ne me supportait plus, des que je croisais son passage je prenais une raclé. J’avais des bleus tous les jours et ma mère de son impuissance se contentait de pleurer….

Mariam était mon seul abris, elle était mon refuge. Dés que j’étais avec elle, j’oubliais ma terrible situation. Elle a accepté le fait que je sois une femme avant même que je ne le reconnaisse moi même. Elle me disait, tu es une femme. La nature s’est trempé mais la réalité c’est que tu es une femme et tu le seras toujours. Je ne savais pas comment regir à ses propos. Ils me faisaient autant peur que plaisir…

Bien sure, je voyais Miariam en cachette car à mon age, ça ne se faisait plus de rester avec les femmes.

Le jour ou j’ai fêté mes 16 ans. Mariam m’a ramené un cadeau et avait fait un gâteau. Mon père est rentré et a déverse sa colère sur moi. Il a toujours détesté Mariam et pensait que c’est la fille venu de la ville qui a apporté le malheur sur sa descendance. Il jeta le gâteau et m’enferma dans une chambre et pris la clé.
Le le demain il parti au travail sans me rendre ma liberté. Ma mère pleurait encore et encore et me demandait comment j’allais et moi comme toujours, je m’enfermais dans mon silence.
Mariam est brusquement rentré chez nous, a cassé la serrure de la chambre, ma donné une somme d’argent. Ca devait être toutes ses économies. Et  devant ma mere qui ne comprenait rien de ce qui se passait, elle m’a dit:” A partir de maintenant, tu t’appelle Houria, car tu es une femme libre. Vas t en d’ici”. J’ai pris le train pour Alger et je ne suis plus jamais revenu dans mon village natal. Ce jour la, a commencé ma vie de femme trans sans ma famille.

Mariam est morte il y a 15 ans d’un cancer. Elle est morte au moment ou j’ai commencé a prendre des hormones. J’ai essayé de la contacter pour le lui dire mais il etait trop tard. Elle n’était jamais allait à l’école mais elle était plus éclairée sur la droit à  la différence et à la liberté que les plus grands des intellectuels. Tous les combats que j’ai mené et gagné, que je continue à mener,  c’est à elle que je le dois.