Interview de Zak Ostmane

14-01-16

« … Je ne me suis jamais dit qu’un jour j’allais devenir un militant LGBTI, c’est de fil en aiguille, se battre pour les droits humains c’est fondamental. J’ai eu le déclic suite aux agressions homophobes répétées à mon encontre, et aux récits de mes ami-es a chaque fois qu’ils me relataient leurs expériences avec leur famille, leurs voisins et autres…”

Zak Ostmane est le premier homosexuel algérien à avoir, depuis le sol algérien, publiquement déclaré son orientation sexuelle et revendiqué son droit à vivre dignement dans sa différence. Il répond aujourd’hui à nos questions.

1-THDZ: Bonjour Zak et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Nous commençons par celle-ci : A partir de quel âge as-tu commencé à sentir que tu étais différent?

ZAK: Pour moi ce n’était pas une différence, j’ai toujours eu un faible pour les personnes du même sexe, c’est une nature comme les autres. A l’âge de 14 ans oui, j’ai compris que j’aimais les mecs.

2-THDZ: Quels sont tes pires souvenirs liés au fait que tu sois un gay en Algérie et quels sont les plus beaux?

ZAK: la stigmatisation à l’école, entre camarades, dans la cour de récréation, je me suis fait racketter plusieurs fois parce que j’étais « PD ». L’agression en plein centre d’Alger par des homophobes fous furieux qui m’ont dit : « si la charia est appliquée en Algérie nous avons le droit de te tuer, vous les PD vous méritez d’être gazés» le résultat s’est soldé par l’arrière de mon oreille ouvert, quatre points de suture et, cerise sur le gâteau, j’ai failli être arrêté quand je suis parti au commissariat pour déposer plainte. Chez nous les agressions homophobes sont ordonnées et soutenues par les prêcheurs de la TV publique et les charlatans islamistes de Ennahar TV et d’autres chaînes homophobes. Le pouvoir les suit avec les deux articles 333 et 338 du code pénal Algérien qui criminalisent le fait d’être homosexuel-le. En revanche l’un de mes plus beaux souvenirs c’est, en été 2004, le jour où j’ai dit à ma mère que j’aimais les garçons. Une fois dit je m’en foutais quelque part du reste, j’étais soulagé au fond de moi ! Ma mère à ce moment là m’a pris dans ses bras, on a fondu tous les deux en larmes et elle m’a juste dit : « fais attention à toi ». Durant toute la période où j’ai vécu avec elle, jusqu’au jour où j’ai quitté l’Algérie, elle ne m’a jamais fait comprendre que j’étais différent. Un autre bon souvenir, en hiver 1999 le lieu mythique des « tapettes » d’Alger (sourire), le salon de thé le Sacré Coeur, le QG où toute la Smala LGBTI Algéroise se retrouvait chaque soir et en particulier le Week-End avant de sortir en boite de nuit. Un clin d’oeil au passage au célébrissime serveur surnommé « romantique ». Trois parmi mes amis se sont mis en robe traditionnelle Algéroise pour aller dans une boîte de nuit occidentale… La cerise sur le gâteau la darbouka et les Youyous dans les trois voitures, signe de la belle époque malgré la guerre civile qui ravageait toujours le pays, et nous, nous résistions chacune et chacun à sa manière. A cette époque il y avait encore une certaine tolérance du peuple et du gouvernement.

3-THDZ: Quand et pourquoi as-tu décidé de devenir militant pour les droits LGBTI?

ZAK: On ne le décide pas. Je ne me suis jamais dit qu’un jour j’allais devenir un militant LGBTI, c’est de fil en aiguille, se battre pour les droits humains c’est fondamental. J’ai eu le déclic suite aux agressions homophobes répétées à mon encontre, et aux récits de mes ami-es a chaque fois qu’ils me relataient leurs expériences avec leur famille, leurs voisins et autres…c’est ma façon de dire aux pseudo-responsables et aux représentants des ligues des droits humains qui n’arrêtent pas de décider à notre place ce qui relève des droits humains ou pas, ceux-là même qui baissent l’échine devant les instances internationales et les chancelleries diplomatiques accréditées à Alger, qu’on on les met face à leur responsabilité qui est le silence complice avec la politique Homophobe et discriminatoire du pouvoir en place. Ceux-là mêmes qui justifient les lois homophobe en Algérie, parce qu’il dissocient les droits des personnes LGBTI de l’ensemble des droits humains.

4-THDZ: Durant ton parcours de militant, tu as lutté pour de nombreuses causes. Quelles sont-elles et pourquoi cet engagement pour toutes ces luttes alors que celle pour les droits LGBTI est déjà extrêmement difficile dans notre pays?

ZAK: Au fil du temps de mon militantisme LGBTI, de mon combat féministe et des luttes pour les libertés démocratique en Algérie j’ai rencontré des belles personnes sur mon chemin, des camarades qui sont devenus des vrais amis. les droits humains sont indissociables les un des autres, que ce soit le combat féministe, LGBTI, politique ou démocratique, chacune et chacun a droit à sa place dans la société. Au tout début de mon combat j’ai commencé à lutter très jeune contre les islamistes intégristes durant la décennie noire, nous étions obligés de résister contre les forces obscurantistes, qui nous promettaient les jours les plus sombres. Moi j’ai choisi d’être solidaire avec les victimes du terrorisme et d’être leur compagnon de lutte face à la bête immonde !

5-THDZ: Tu es membre fondateur de l’organisation pour la protection des personnes LGBTI “Trans Homos Dz”, peux tu nous en parler un peu?

ZAK: THDZ est née dans la douleur et l’urgence, à la base nous sommes quatre membres fondateurs de l’association qui ont décidé de passer à l’action après avoir vécu sous la menace d’emprisonnement et menace de mort suite a nos activités LGBTI en Algérie dans une période politique critique sans précédent. Il s’agit de mettre en sécurité les militants et les personnes les plus exposées à ces menaces.

6-THDZ: Tu a quitté notre pays et t’es installé maintenant en France. S’agit il d’un choix?

ZAK: Quand on passe 36 ans de sa vie à se battre pour les droits humains, en particulier pour pouvoir un jour vivre sa vie comme notre nature nous a fait dans un pays comme l’Algérie, ma réponse sera très claire c’est tout sauf un choix. L’unique chose qui m’a poussé à partir c’était sauver ma peau ! Vivre en permanence sous les fatwas des intégristes, l’homophobie ambiante, les violences physiques, les arrestations et filatures de la police politique… C’est cela qui a dicté mon départ précipité, dans des conditions très difficiles. Je n’ai même pas pu dire au revoir à ma mère !!!

7-THDZ: La situation d’un réfugié LGBTI en France est-elle différente des autres réfugiés? Peux tu nous dire quelques chose concernant ce statut particulier?

ZAK: En théorie il n’y a pas une grande différence, en revanche il peut y avoir de la discrimination selon les critères politique du moment, j’ai mes propres sources fiables à la préfecture de Marseille qui m’ont confirmé qu’il y a eu des grandes différences de traitement dans les délais de délivrance de papier d’identité suite a la décision positive de L’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) ! L’OFPRA peut mettre de trois mois jusqu’à 2 ans pour délivrer un extrait de naissance, indispensable pour obtenir son titre de séjour définitif ! Pour plus d’information je met a votre disposition ce lien: http://yagg.com/2015/10/08/etre-refugie-ou-demandeur-dasile-lgbti-au-pays-du-mariage-pour-tous-par-zak-ostmane/ du magasine LGBTI Yagg ou j’ai écrit un article ou je relate dans plus de détaille le parcours tortueux d’un demandeur d’asile en France.

8-THDZ: Ces derniers années ont été marquées par une très violente propagande médiatique contre les LGBTI dans notre pays, quelle est ton analyse à ce sujet?

ZAK: Pour moi ça reste toujours une politique, une ruse parmi d’autres du régime policier Algérien, une échappatoire pour détournée l’opinion publique nationale des grands scandales financiers de ces dernières années. Après avoir conditionnée et anesthésié toute un peuple pendent plus de 50 ans, il utilise les plus intégristes pour endoctriner le reste de la société qui n’hésite pas de s’attaquer aux femmes et aux minorités sexuelles (LGBTI) a chaque fois qu’il y a péril dans la pérennité du pouvoir…    

9-THDZ: Comment vois tu l’avenir des personnes LGBTI en Algérie et quel est ton conseil aux militants sur le terrain?

ZAK: L’avenir des personnes LGBTI en Algérie certes il reste a construire même si on a des éléments sur place qui font du bon travail, malgré les menaces et la chape de plomb qui les étouffe. A titre d’exemple: le TENTEN journée national des LGBTI Algériens qui, grâce aux militants, prend chaque année plus d’ampleur et est relayé dans le monde entier…   Pour moi personne n’a de leçon a recevoir ou a donnée sur le militantisme, en particulier a ceux qui son restés en Algérie. L’essentiel pour moi c’est l’impartialité, ne pas choisir parmi les personnes LGBTI a défendre, ne pas créer des minorités dans la minorité: l’homophobie intégrée chez les homos c’est un vrais danger et je dirais en dernier surtout pas de guerres de leadership dans les associations parce que il y a pas plus destructeur. PS: une vive pensée a nos camarades et amis Tunisiens et Marocains dans leurs luttes contre les lois homophobes dans leurs pays respectifs.

THDZ: Merci!