Interview avec Ludovic Mohammed Zahed, musulman gay et Franco-Algérien

14-01-16

Ludovic

“…On dit de moi que je suis un imam inclusif. C’est un terme qui met en avant le fait que selon nous, par nature, une religion de paix, telle que l’islam, inclut en son sein et de manière universelle, l’ensemble des êtres humains, sans distinction de race, de couleur de peau, de sexe, de genre ou d’orientation sexuelle”

Trans-Homos-Dz : Bonjour Ludovic et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions et nous commencerons par celles ci: Algérien, Français ou Franco-algérien? Comment te situer à ce sujet?

Ludovic MZ : Je suis de fait franco-algérien car je vis et j’ai grandi en France. Mes racines Algérienne resteront toujours proches de mon cœur, je les porterai à jamais en moi. J’ai vécu à Alger, surtout à l’adolescence et avant l’avènement de la guerre civile, les plus belles années de ma vie ; j’y ai découvert la spiritualité mystique, le soufisme, par le biais de mon seul et unique maître sur Terre : ma grand-mère paternelle, Dieu ai son âme. Quant à la nationalité française, elle me sert à vivre en paix dans un pays qui respecte, globalement, les droits de l’être humains. Je suis attaché aux valeurs de la République française : la laïcité qui me protège du racisme, tout autant que du dogmatisme religieux ; l’égalité entre tou-tes les citoyen-nes, qui aujourd’hui me permettra un jour inch’Allah de me remarier avec la personne de mon choix. Mais lorsque ces valeurs sont utilisées à des fins nationalistes, alors là je ne suis plus d’accord. De manière générale, si je suis particulièrement attaché à la notion de République – cette idée qui remonte à l’antiquité selon laquelle l’espace publique appartient à l’ensemble des citoyen-nes -, je suis par contre farouchement opposé à la Nation comme outil servant à la fascisation, à l’uniformisation, à la normalisation forcée des identités individuelles. Pour moi le droit à l’autodéfinition et à l’autodétermination est essentiel à l’émancipation de tou-tes et donc à la paix sociale, et donc à la paix des esprits. Oui, je suis franco-algérien parce que je l’ai choisi et que je sais ce que cela implique en termes de liberté et d’émancipation personnelle. Enfin, cette question me rappelle celle qu’on me posait étant enfant, des deux côtés des rives de la Méditerranée. Je ne pense pas devoir choisir : nos cultures ont toujours été liées autour du bassin méditerranéen et je prie pour qu’il en soit encore ainsi dans un futur proche.

THDZ : Dans ton livre, “Le coran et la Chaire” que nous conseillons vivement à nos lécteurs-rices, tu parles de ton expérience avec l’Islam à Alger. Peux tu nous en dire quelque chose?

Ludovic MZ : L’islam que j’ai connu en Algérie, peu avant la guerre civile, c’était l’islam importé d’Arabie Saoudite, l’islam des wahhabites teinté de tribalisme et de machisme arabe. Mais rapidement j’ai rejeté ce dogmatisme religieux et j’ai voulu en savoir plus sur les racines profondes de cette tradition spirituelle qui m’a, depuis tout jeune, émerveillé. J’ai ainsi découvert qu’Islam, en arabe signifie être en paix. C’est une forme grammaticale (masdar) qui fait référence à un processus en devenir théoriquement basé sur la connaissance de soi, des autres et le respect proactif de la diversité. Par conséquent, la connaissance de l’islam, en particulier la représentation que tente d’en dresser les « nouvelles théologies islamiques», peut contribuer à combattre pacifiquement l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie en encourageant chaque individu à trouver en lui, en elle, l’interprétation la plus juste du message divin pour notre humanité. En cela, la connaissance de la théologie islamique de la libération, et en particulier l’apport des activistes et des intellectuel-les LGBT ou féministes, peut en la matière apporter une plus value à la conscience humaine. En un mot, le Tawhid islamique peut permettre aux individus, appartenant de fait à une minorité sexuelle ou non, à mieux vivre et à s’assumer; l’islam n’est pas un facteur d’oppression mais d’émancipation qui encourage «l’autodéfinition-et- l’autodétermination». L’islam, au moment de son avènement, fut une véritable révolution sans cesse renouvelée, il l’est encore pour nous qui nous décrivons, parce qu’il faut bien utiliser des catégories taxonomiques bien que réductrices, musulman-es progressistes et inclusifs/ves*. C’est la tradition de l’ijtihad (l’effort de réflexion) que nous revivifions.

THDZ : Comment décrirais tu l’histoire de ta relation avec l’islam? Peux tu en parler?

Ludovic MZ : On dit de moi que je suis un imam inclusif. C’est un terme qui met en avant le fait que selon nous, par nature, une religion de paix, telle que l’islam, inclut en son sein et de manière universelle, l’ensemble des êtres humains, sans distinction de race, de couleur de peau, de sexe, de genre ou d’orientation sexuelle. A la différence des représentations fascisante du religieux qui sont élitistes et exclusives, notamment envers les femmes et les minorités sexuelles ou religieuses au sein d’un islam transformé en outil de propagande ; cet islam est à des années lumière de ma conception spirituelle de la foi. Comme je le dis dans mon livre Le Coran et la Chair, dans beaucoup de discours aujourd’hui, il y a en fait une forme de schizophrénie qui consiste à dire : “Oui, l’Islam c’est la paix, c’est l’amour universel sauf pour untel, untel, untel…” Et après ils ne se retrouvent qu’entre eux. Et c’est le problème du monde arabo-musulman aujourd’hui où les sociétés s’écroulent sur elles-mêmes, où il n’y a plus de projets politiques mais que du fascisme, qui exclut par la force. Cela fait que des minorités sont discriminées, que ce soient les femmes, les homos ou des ethnies… Cette réflexion est nécessaire chez les musulman.es aujourd’hui. D’une manière générale, avant, les ecclésiastiques ou les commerçants constataient que chez les musulmans l’homoérotisme était accepté. Maintenant c’est l’inverse. Dans les questions d’émancipation des arabo-musulmans, ce qui pose problème c’est ces minorités. L’islam comme religion pour moi dit au contraire : “Nulle contrainte en religion” (Sourate 2, verset 256). Or est-ce qu’il y a une plus grande contrainte que de demander à quelqu’un de renoncer à sa sexualité ? J’ai eu encore, en Belgique, la semaine dernière, une jeune femme lesbienne d’origine pakistanaise, torturée depuis des années entre sa religion et sa sexualité, qui me dit : “oui d’accord, je comprends tout ce que tu me dis, je trouve que c’est convaincant, le fait que dans le Coran les hommes de Loth c’étaient des violeurs, des idolâtres et que ça n’a rien à voir avec l’homosexualité”. Et en effet le Prophète accueillait des “mukhanathun”, des hommes androgynes, efféminés, limite transgenres, qu’il défendait contre l’homophobie et la transphobie, ça ce sont des hadiths, des traditions qui sont dans tous les bouquins musulmans. “Mais, m’a-t-elle dit, j’ai l’impression quand même que tu arranges la religion pour qu’elle te convienne”. Mais tout le monde fait ça, tout le monde comprend la religion à son niveau, et c’est ce qu’il faut faire. Le problème c’est quand les gens le font à des fins idéologiques. Moi ce n’est pas pour discriminer qui que ce soit, je le fais pour comprendre quel est le message, si c’est vraiment un message religieux universaliste, humaniste, égalitaire. Comment est-ce qu’on peut comprendre ce message autrement qu’en incluant tout le monde dans la religion ? Il y a un moment où il faut être juste cohérent, et ne pas se complaire dans la dissonance cognitive. La religion, ça doit être quelque chose qu’on décide, ça doit être quelque chose de démocratique, ce n’est pas une loi. Les imams qui vous disent comme l’imam Tareq Oubrou, de la mosquée de Bordeaux : “ah le glaive de la République (une référence biblique)est au-dessus de tous les autres”. Non, il n’y a qu’un glaive, il n’y a pas un glaive qui est au-dessus de tous les autres : l’islam ça n’est pas une loi, la chariah c’est une voie, “chariah” signifie “voie” en arabe : une voie sur laquelle il faut progresser, spirituellement, humainement, éthiquement. C’est pas une loi, c’est pas un code civil. On est dans des sociétés laïques où il n’y a qu’une loi, c’est la loi qu’on décide d’établir ensemble, celle de la res publica. Le reste c’est une inspiration, un idéal vers lequel il faut tendre. Ça aussi je le décris dans Le Coran et la chair. Les théologies chrétiennes de la Libération développent ça depuis 50 ans : Il y a peut-être une primauté historique et éthique de l’idéal spirituel, mais ce qui prévaut avant tout dans nos sociétés laïques, c’est la loi qu’on a décidé d’établir entre nous. Et même dans le Coran il y a tout un tas de versets qui disent que la loi évolue en fonction des gens, que la spiritualité c’est autre chose, c’est très clair, qu’il y a une différence même dans l’islam, entre la charia, et le “fiqh”. Le “fiqh” c’est la compréhension de la loi, du message. La compréhension, l’application, c’est humain, et non spirituel.

THDZ : Une homosexuel algérien, ému de t’avoir rencontré, nous a dit il y aquelques temps, ” Ce monsieur m’a sauvé la vie!” cette réaction te surprend t elle? Qu’en penses tu?

Ludovic MZ : Je suis sincèrement honoré de pouvoir contribué à l’émancipation du plus grand et de faire que demain, inch’Allah, de moins en moins d’homosexuel-les ou de transexuel-les souffrent de leur identité. Si moi je peux le faire, en ayant été autant discriminé en raison de mes origines, de mon orientation sexuelle, de mon statut sérologique… Alors je pense sincèrement que tout le monde peux le faire. Je suis très sincèrement reconnaissant de tous ceux et celles qui ont accompagné ma route sur la voie de l’émancipation personnelle et collective : sans eux je ne suis rien. Enfin, ce genre de témoignage de sympathie et de gratitude pour ce que j’ai eut la chance de pouvoir réaliser depuis près de vingt ans de militantisme m’encourage à continuer de progresser sur cette voie, notamment par le biais de recherches scientifiques de plus en plus précises sur un sujet que je connais, il est vrai, particulièrement bien.

THDZ : Être Musulman et gay, cela est il possible selon toi?

Ludovic MZ : Selon moi, l’islam n’existe pas en tant que tel. C’est un idéal, une philosophie de vie, une tradition liturgique qu’il nous faut nous approprier à chaque génération ; une religion vivante, qui respire, en perpétuelle évolution : comme l’a dit le Prophète (asws) : « chaque siècle Allah enverra ceux/celles qui revivifieront la religion» (1) Et précisément, après des siècles de relative tolérance dans le monde arabo-musulman envers ce que l’on qualifie aujourd’hui de «minorités sexuelles»(2), il semble que l’on assiste à une véritable chasse aux sorcières. Pourtant nulle part ni dans le Coran ni dans la tradition, la Sunna, l’homosexualité ou la transsexualité ne sont condamnées en tant que telles. Comme le rappelait l’imam Tareq Oubrou à l’Assemblée Nationale Française en 2010 (3) : le terme Mithlya djansiya (4) n’est jamais cité dans le Coran. Il y est certes fait mention de pratiques sexuelles violentes, dominatrices, inhumaines pratiquées par le peuple de Sodome et Gomorrhe, entre autres pratiques criminelles qui n’ont rien à voir avec l’homosexualité – viols rituels, vols, refus d’hospitalité à des étrangers venant du désert, meurtres, etc. (5) Face à la tolérance des premiers musulman-es vis-à-vis de la diversité des genres et des sexualités, les plus homophobes et transphobes, afin de justifier leurs préjugés, ont à une époque tenté de ne garder que les passages qui les intéressent, voire même de créer des hadiths mensonges, dits «apocryphes», inventés parfois des siècles après la mort du Prophète , comme celui-ci : «Si vous trouvez deux homosexuels en train d’avoir des relations sexuelles, tuez l’actif et le passif» (6). Des mensonges homophobes et transphobes qui sont opposés à l’exemple vivant de notre bien aimé Prophète qui, selon la tradition islamique, auraient accueilli à bras ouverts chez lui, parmi ses femmes et ses enfants, ce que l’on qualifiés à l’époque de mukhannathuns : des hommes efféminés, sans désir envers les femmes, qui s’habillaient de couleurs colorées, qui chantaient et jouaient de la musique, qui avaient des rapports sexuels entre eux et avec d’autres hommes (7). Et lorsque l’un des compagnons du Prophète a voulu exécuter l’un de ces hommes, appartenant à une classe sociale certes subalterne mais tolérée, à la sexualité et au genre respecté par le Prophète lui-même, ce dernier lui a dit ceci : «J’ai interdit que l’on tue les gens qui prient», utilisant en cela le symbole magnifique qu’est celui de l’égalité entre tous-tes les musulman-es durant la prière.Ces mensonges, à propos de la soit disant obligation de tuer les homosexuel-les et les transsexuel-les ont d’ailleurs été inventés pour certains, toujours selon la tradition islamique la plus orthodoxe, par des hommes efféminés qui, eux-mêmes, refoulaient visiblement leur statut social particulier (8), subalterne, tout juste toléré, et qui étaient décrits par certaines femmes du Prophètes comme des « menteurs » (9). Ces derniers ont tenté d’imposer une représentation très dogmatique, extrémiste, de la religion, alors que le Coran nous encourage à une grande tolérance en matière de diversité des genres humains. Les versets de la sourate qui nous parle du voyage céleste qu’a accompli Mahomet en passant par Jérusalem nous parle de shakilat (10) : un terme qui pourrait être traduit par « nature profonde sur laquelle l’individu a été façonnée » ou encore « identité de genre ». C’est une interprétation certes bien plus moderne et progressiste que celle que veulent imposer les plus dogmatiques des musulmans. Seul Dieu sait pourquoi il nous a créé ainsi, et pourquoi chacun, chacune agit de telle ou telle manière, en fonction de son genre ou se sexualité. Nous pourrions parler aussi des versets du Coran qui nous exhortent à respecter les « hommes qui n’ont pas les attributs de la masculinité » ou encore les « femmes qui ne veulent pas se marier », etc. Respect et tolérance sont donc les maîtres mots en matière de genre et de sexualité ; les appels au crime, au nom de notre belle religion, ne sont que des mensonges et des « détournements sémantiques » comme les décrivent certains intellectuel-els français (11).

THDZ : Tu es aujourd’hui, un imam célèbre dans le milieu queer algérien et au delas, que dis tu à ces personnes de la communauté qui entendent des imams algeriens et non des moindres les accuser d’êtres des déviantsmalades et des pécheurs irrécupérables?

Ludovic MZ : Il ne faut pas perdre espoir et garder le cap. Les minorités ont toujours été à l’avant-garde des réformes sociétales qui profitent au plus grand nombre de nos concitoyen-nes. Il faut être patient, cela prend du temps. Il ne faut pas perdre trop de temps avec les imams les plus homophobes : en Islam il n’y a pas de pouvoir central qui dicte le dogme. Nous n’avons pas de « Vatican » musulman et c’est une chance dont il faut se saisir pour réformer l’islam de l’intérieur, chacun-e à son niveau. Prenons par exemple Al-Azhar, la grande mosquée, la grande université d’Égypte depuis des siècles – on pourrait presque dire le Vatican sunnite : au 16ème siècle le grand imam d’Al-Azhar écrivait des poèmes homoérotiques ; il y a deux ans, ils ont condamné mon mariage avec mon ex-mari en disant qu’on était des apostats, qu’on changeait la religion et qu’il était interdit de prier derrière nous. En Algérie, le leader des salafistes algériens a dit qu’il fallait tuer les homosexuels comme moi. Mais en fait, c’est tout un continuum, jusqu’à des gens qui vont dire : non, il faut dialoguer avec eux, il faut évoluer nous aussi, les hétérosexuels musulmans, sur ces questions là. Peut-être pas aller jusqu’au mariage, mais on ne sait pas, on verra.

THDZ : Tu as prononcé les vœux pour le mariages de plusieurs coupleshomosexuels. Sans revenir au débat que nous avons connu en France sur le mariage pour tous, que penses tu du mariage de deux personnes du même sexes?

Ludovic MZ : Comme je le dis dans l’un de mes livres, je pense sincèrement que « si le Prophète Mahomet était vivant il marierait des couples homosexuels ». On l’a déjà fait il y a encore trois semaines, entre deux lesbiennes à Béziers, une chrétienne pratiquante et l’autre musulmane pratiquante. Et il y a quelques temps entre des hétéros aussi. Les minorités sont à l’avant-garde des réformes sociétales, comme le dit Serge Moscovici, père de la psychologie sociale en France. Elles ne demandent rien de particulier, elles demandent seulement de réformer le droit en fonction du bien-être de l’ensemble des individus, de la collectivité. Or les minorités qui se drapent derrière le manteau de la majorité, comme les conservateurs hétérosexuels, blancs, riches, catholiques, veulent décider pour tout le monde. Ils vont discriminer les autres pour des raisons idéologiques. Au contraire, les minorités discriminées, par leurs revendications, font évoluer le bien-être de tous.De toute façon ce n’est pas aux imams de décider. Le mariage, c’est une bénédiction chez les musulmans, “qaboul-oua idjab”, “une demande-une acceptation”, donc acheter une maison ou faire un mariage c’est un contrat social. C’est fondamentalement laïc, pas du tout quelque chose qui serait aux mains d’un clergé décidant à lui seul qui peut se marier. Historiquement, ce pouvoir n’a pas été donné aux imams. D’ailleurs on peut le comprendre, les Arabes étaient des tribus, au moment où l’islam a émergé, extrêmement indépendantes, très très portées sur la rivalité, le patriarcat, les luttes de pouvoir : on n’aurait pas pu leur imposer un pouvoir central comme ça. Ça n’a jamais été le cas d’ailleurs, c’est pour ça que la tradition musulmane est très décentralisée. Je ne dis pas qu’elle soit laïque et égalitaire non plus, il ne faut pas idéaliser note héritage culturel et spirituel ; mais il y a un espace, il y a une ouverture. Des féministes l’ont dit dans les années 80, Fatima Mernissi la Marocaine par exemple : dès le départ les femmes ont lutté pour leurs droits en exigeant du Prophète de prêter serment main dans la main, comme les hommes, et pas de loin. Un exemple qui fait que dès le début, il a été possible pour les femmes de lutter pour leurs droits au sein de ce qu’on appelle l’islam. C’est un combat pour la paix qui ne fait que commencer et nous avons l’immense honore d’en être les principaux acteurs.

THDZ : Tu viens de faire ta thèse de doctorat, peux tu nous parler du thème que tu as choisi de traiter?

Ludovic MZ : Mes études portent depuis cinq ans principalement sur islam et homosexualité, transidentité, en pays francophone. Ma thèse de psychologie sera publié en janvier prochain et ma thèse d’anthropologie le sera courant 2016 inch’Allah. J’aurai le plaisir de vous en dire plus à ce moment là, affaire à suivre.

THDZ : Tu étais l’imam musulman et aujourd’hui, tu es le docteur Imam musulman. Cela change t il des choses sur le terrain? ton statut de docteur facilite t il certaines démarches?

Ludovic MZ : Je suis le seul imam gay au monde qui soit aussi docteur en sciences sociales (psychologie, anthropologie). C’est une lourde responsabilité et j’ai beaucoup de travail, mais je suis un privilégié et même si j’ai l’impression de m’être battu toute ma vie pour vivre et être respecté, je n’ai pas le droit de faire autre chose que de continuer, à mon rythme, à transmettre le peu de chose que j’ai eut la chance de comprendre au cours de ma courte existence.

THDZ : Quel message tu voudrais transmettre aux LGBTI algériens?

Ludovic MZ : Je le dirai de s’assumer soi-même. La première discrimination, c’est celle qu’on s’impose à soi-même, c’est l’intériorisation de l’homo ou trans-phobie. C’est la cause aujourd’hui de beaucoup de dépressions ou de suicides chez les jeunes LGBT, 15 fois plus d’après une étude de veille sanitaire par rapport aux hétéros. Il faut arriver à déconstruire les préjugés intériorisés. A partir de là, on peut mieux lutter par rapport aux autres, que ce soit par l’engagement, ou par le soutien des pairs, des associations… Le coming out n’est pas une obligation. Si on n’est pas solide, ça peut être trop dangereux, car on peut se faire casser la gueule. Ça ne doit pas être une injonction car celle-ci peut aussi devenir dogmatique, finalement, voire fascisante.

THDZ: Merci!

Notes: 1) “Man youdjadidou laha dinaha…” Cité par Tarik Ramadan dans son ouvrage « Islam, la réforme radicale : Ethique et libération ». Presses du Chatelet, en 2010. 2) Rouayheb, K. (2010). « L’amour des garçons en pays arabo-islamique. XVIe-XVIIIe siècle », p.36. Epel.3) ’imam Tarek Oubrou était à l’Assemblée Nationale le 17 mai 2010 – http://www.homosexuels-musulmans.org/IDAHO_17_mai_2010…‬‬) « Homosexualité » en arabe5) Coran : 7.80-84, 11.69-83, 15.51-77, 21.71-75, 22.42-43, 25.40, 26.159-175, 27.54-58, 29.28-35, 37.133-138, 50.12-13, 54.32-40 37, 66.10. Ces versets ne parlent pas d’amour, mais de shahwa : un désir ardent, irrépressible et donc malsain, voir destructeur de la part d’hommes dominateurs qui s’appropriaient la virginité d’autrui, en délaissant chez eux ce que le Coran décrit comme nisaoukoum : leurs propres femmes. Là on le voit bien, nous sommes très loin de l’homosexualité en tant que telle, sans compter que le Coran ne parle jamais d’homosexualité féminine, alors même qu’il nous apprend que la propre femme du prophète Lot, à Sodome Et Gomorrhe, fut tuée en raison de ses pratiques condamnables, alors même qu’elle n’était pas un « homme homosexuel », bien entendu que non. Il est donc évident, après une étude systématique et objective de ces verstes du Coran, que la condamnation ne vise pas l’homosexualité mais bien la violence, qu’elle soit sexuelle ou pas d’ailleurs. Voir Kugle, S. (2010). «Homosexuality in Islam». One World, USA.6) El Tarmidhi, recueil de traditions dites « authentiques » ; numéro 1376(7) Rowson, E. “The effeminates of early Medina”, Journal of the American Oriental Society,Vol. 111, No. 4. (Oct. 3 Dec., 1991), pp. 671-693.(8) Lors d’un entretien privé avec le Prophète Mahomet, Abu Huraïra lui dit ceci : « je suis un jeune homme et je crains les tourments de son âme, mais je ne trouve pas les moyens d’épouser une femme » [innee rajulun shaabbun wa ana akhaafu ‘alaa nafsee al’anata wa laa ajidu ma atazawwaju bihi an-nisaa’a]. Le Prophète garda le silence, même après qu’Abu Huraïra ait réitéré sa déclaration trois fois. Enfin, après la quatrième fois, Mahomet dit : « O Abu Huraïra, la plume est sèche en ce qui concerne ce qui peut être convenable pour ceux d’entre vous. Alors, soit eunuque pour cette raison ou abandonne » (Bukhari, LXII 8). Pour comparaison, rappelons-nous que lorsqu’Uthman – khalife de l’islam après la mort du Prophète est venu demander à Mahomet s’il pouvait être autorisé à vivre une vie d’abstinence. Cela lui a été clairement refusé. Abu Huraira semblait donc perturbé par le fait qu’il se sentait incapable de se marier à une femme.(9) Il est dit : « le plus menteur des Mohaddithin [compagnons du Prophète qui rapportent les hadiths qu’ils disent avoir entendu] est Abu Huraïra » (Tabari, Tafsir, op cit, volume XXI, p.157). Ainsi, ‘Omar l’a menacé de l’exiler, et de le renvoyer au Yémen, son pays d’origine, s’il continuait à raconter de tels hadiths (op cit, volume XXI, p.157). Aïcha également rejeta l’un de ses hadiths. Abu Huraïra rapporte, selon lui du Prophète Mahomet, qu’une femme croyante maltraitait une chatte en la torturant et que cette dernière a périt en Enfer. Néanmoins, ce témoignage est rejeté par ‘Aïcha ; un disciple raconte : « Nous étions chez ‘Aïcha, et il y avait Abu Huraïra avec nous, Aïcha lui dit : « Abu Huraïra, est-ce toi qui as dit que tu as entendu le Prophète Mahomet déclarer qu’« une femme est allée en Enfer parce qu’elle a affamé une chatte en l’assoiffant » ? « J’ai entendu le Prophète Mahomet dire cela », répondit Abu Huraïra. « Le croyant a trop de valeur aux yeux de Dieu, lui répondit Aïcha, pour qu’il puisse le torturer à cause d’une chatte […]. Abu Huraïra, la prochaine fois, quand tu entreprendras de répéter les propos du Prophète de Dieu, surveille ce que tu racontes » (Shaykh al-Islam al-Hafiz Ibn Hajar al-Asqalani dans al-Isaba fi Tamyiz al-Sahaba – volume VII, p.118). Nous savons là aussi que Abu Huraïra ne supportait pas que l’on maltraita de petits chattons. D’ailleurs son surnom, Abu Huraïra, veut dire en arabe « le père des chatons » ; il a été surnommé ainsi parce qu’il aimait particulièrement les petits chats.(10) Coran : 17.84-86.(11) Marongiu-Perria & Privot (2012). « L’homosexualité, un défi théologique » –