Randa, une femme trans Algerienne s’exprime

13-01-16

“… Le fait d’être une femme Trans a fait qu’elle est convaincue que la liberté ne se donne pas, elle s’arrache.”

Randa est l’une des premières militantes de la cause LGBT en Algérie. Elle est la co-fondatrice de la plus ancienne organisation LGBTI algérienne “Abu Nawas” et co-fondatrice de la journée nationale des LGBTI en Algérie “TenTen”. Elle nous fait l’honneur de répondre à nos questions.

Randa est l’une des premières militantes de la cause LGBT en Algérie. Elle est la co-fondatrice de la plus ancienne organisation LGBTI algérienne “Abu Nawas” et co-fondatrice de la journée nationale des LGBTI en Algérie “TenTen”. Elle nous fait l’honneur de répondre à nos questions.

Trans-Homos-Dz : Bonjour Randa et merci de répondre à nos questions. La première question est peut être la moins simple. Peux tu nous dire qui est Randa?

Randa : Effectivement la question n’est pas simple du tout. Qui est Randa? Randa est une personne comme beaucoup d’autres. Le fait d’être une femme Trans a fait d’elle une personne ouverte à l’autre parce qu’elle sait ce que c’est d’être incomprise, rejetée pour ce qu’elle est et même prise pour folle voir possédée. Le fait d’être une femme Trans a fait qu’elle est convaincue que la liberté ne se donne pas, elle s’arrache. Du coup elle a arraché tout ce qu’elle est aujourd’hui. Cela étant dit, elle est une femme normale avec ses hauts et ses bas. Elle a ses faiblesses et ses forces. Elle est loin d’être parfaite et elle n’est surtout pas une super héroïne. Une madame tout le monde quoi.

Trans-Homos-Dz : Beaucoup de personnes en Algérie ont une idée fausse de ce qu’est une personne trans. Parfois, ils n’en connaissent rien: Que peux tu leur dire pour leur expliquer cette identité?

Randa : Nous avons deux sortes de personnes dans le monde. Enfin quand il s’agit d’identité de genre. La personne dite “cis” qui est une personne qui est née avec un sexe d’homme ou de femme et qui s’identifie à ce sexe, indépendamment de son orientation sexuelle (hétérosexuels, bisexuelle, homosexuelle …etc). La personne dite “Trans’ ou “transgenre”(le terme transsexuel est de plus en plus abandonné parce que le mot transsexuel n’a de sexuel que le mot sexe). Donc la personne dite Trans est une personne qui est née avec un sexe d’homme ou de femme mais qui ne s’identifie pas à ce dernier et s’identifie au sexe opposé d’où la combinaison trans-genre. Le suffixe Trans qui veut dire ” qui traverse d’un bout à l’autre”, et le mot genre. Donc la personne transgenre traverse métaphoriquement le genre d’un bout à l’autre. D’homme à femme ou femme a homme. Comme le fameux transsibérien qui est un train qui traverse la Sibérie d’un bout à l’autre. Tout cela est complètement indépendant de l’orientation sexuelle de cette personne (hétérosexuels bisexuelle, homosexuelle …etc).

Trans-Homos-Dz : Récemment, une vidéo a fait le buzz dans les réseaux sociaux en Algérie. Il s’agit d’une agression contre une femme trans. Toi qui as du quitter le pays pour éviter ces violences, qu’as tu à dire à ce sujet?

Randa: Ce qu’a vécu la FEMME TRANS dans la vidéo est un quotidien ni plus ni moins. C’est le quotidien de toutes les femmes Trans en Algérie. Contrairement aux personnes homosexuelles en Algérie qui peuvent swicher avec leur sortie du placard ou pas, les personnes Trans, spécialement les femmes Trans n’on pas ce luxe. Je m’explique. Un/une homo est dans le placard avec sa famille, au travail et la où il/elle juge que c’est mieux de rester dans le placard pour une raison ou pour une autre. Avec certaines amiEs et dans certains milieux il/elle sort du placard. Par contre il n’y a pas de point de retour pour une personne Trans. Si elle décide de vivre pleinement son identité de genre, elle ne peut plus revenir en arrière. Décider n’est pas le mot, parce que on ne décide pas de vivre son identité de genre, c’est plutôt une question de vie ou de mort. Et ça touche tous les détailles de la vie et du corps. C’est une douleur lancinante permanente et perpétuelle. Quand une personne Trans sort du placard, c’est définitif et irréversible. Du coup elle subit tous les affres d’une société gangrénée par le mythe du moudjahid viril et machos. Elle devient une paria, rejetée par sa famille, ses amis etc. Elle perd tout, entre autre son travail, ses études, ses biens etc. Elle est déchue de son humanité. Cela étant dit, ce n’est pas facile pour les homos non plus, surtout les efféminés.

Trans-Homos-Dz : Il y a plusieurs organisations LGBTI en Algérie mais très peu de choses faites pour les personnes trans. Que conseilles tu à ces organisations et aux militantEs en Algérie pour changer la situation de cette communauté?

Randa : Je vais être très vulgaire et je m’en excuse d’avance. Aux organisations LGBTI, je dis, allez vous faire foutre! Vous ne comprenez rien à rien, NON vous ne voulez pas comprendre. Le T dans LGBTI qui représente les Trans ne se limite qu’à la lettre T et c’est pareil pour le I de Intersex. Arrêtez de vous faire passer pour des organisations LGBT alors que vous être des organisations LGB “Cis” point barre. Aux personnes Trans je dis: bougez vous le cul putain de merde! Se bouger le cul dans le bon sens bien-sûr. Rassemblez vous, organisez vous. On n’est bien servi que par soit même. Ne vous attendez pas à ce que les autres fassent le travail pour vous. Je sais que c’est difficile et très pénible mais c’est beaucoup plus facile que le trottoir et le faite d’essayer de survivre. Qu’est ce que vous avez à perdre? Vous avez déjà tout perdus. Bien au contraire, tout est à gagner. Ce n’est pas impossible. Si j’y suis arrivé c’est que tout le monde peut le faire. Les fonds pour des projets Trans ce n’est pas ça qui manque donc un peu de volonté et d’organisation tout peut se faire. Je n’ai pas dis un peu de courage car le courage vous n’en manquez pas. Vous en avez à en revendre.

Trans-Homos-Dz : Beaucoup de personnes trans procèdent à l’hormono thérapie sauvage. Peux tu leur dire les meilleurs moyens de réduire les risques et vers quels réseaux à l’international, ils et elles peuvent s’orienter?

Randa : Tout ce que je peux leur dire c’est d’éviter tout ce qui est injection et tout ce qui est pilule contraceptive. Nous sommes des femmes avec des “ménopauses précoces” on va dire. C’est le traitement hormonal de substitution pour les femmes ménopausées qu’il nous faut. Les pharmaciens en Algérie sont des épiciers donc c’est relativement facile de se procurer des estrogènes. Ils suffit de connaître les noms (évitez le surdosage ça donne l’effet contraire et c’est très dangereux pour la santé. Je sais qu’on s’en fou de sa santé quand on va déjà très mal. Et puis pourquoi prendre soins d’un corps qui n’est pas le sien et qu’on déteste. Je suis passé par la. Mais dites vous que ce corps est la coquille de la chrysalide du papillon que vous allez devenir. À vrai dire c’est criminel de donner des conseils pour une hormonothérapie sauvage à moindres risques parce que ‘il faut vraiment un suivi médical mais bon. Les réseaux Trans belges sont les plus performants et les plus engagés de l’espace francophone. Il y a aussi les réseaux canadiens ou plutôt québécois. Les français font du bon travail aussi.

Trans-Homos-Dz : Afin de briser le désespoirs dans lequel se trouve beaucoup de trans dans notre pays, que peux tu leur dire?

Randa : Rassemblez vous! Organisez vous! Vous n’avez rien à perdre et tout à gagner. Ah oui autre chose encore! Soyez indépendants, ne laissez pas les vautours décider pour vous pour leurs visibilités à eux. Mais bon les vautours vous en connaissez un bon nombre je sais.

Trans-Homos-Dz : un dernier mot libre?

Randa : Quand on veut, on peut. Ce n’est pas l’énergie ni la volonté qui manque c’est juste qu’elles sont misées sur le mauvais cheval, Le cheval de contenter du vie/survie de cafards.